Stratégie de sortie de crise : Auvergne-Rhône-Alpes

La crise sanitaire et économique engendrée par le Covid 19 impacte de plein fouet le monde du tourisme, fragilisant un secteur dont les mutations successives ont déjà bousculé les codes (digitalisation, ubérisation…).

MyTripTailor a interrogé des acteurs du tourisme et de l’itinérance sur leur stratégie de sortie de crise.

Dominique Bambier, chargé du développement des itinérances pour Auvergne-Rhone-Alpes Tourisme nous répond.

1. Comment cette période inédite et ses conséquences impactent-elles votre activité au quotidien ? 

Il y a en premier lieu, évidemment, un changement des priorités dans l’organisation des activités de la structure Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. Une majorité d’actions de promotion et communication doivent être adaptées ou décalées. Notre stratégie de communication sur l’outdoor et les itinéraires, notamment, est en cours d’adaptation.

 

Des actions liées au travail de fond sur la qualité de l’offre peuvent par contre continuer, car nos partenaires techniques restent pour la plupart en capacité d’interagir avec nous. Cette production est faite avec le souci permanent de préparer l’indispensable relance de l’activité touristique, et ce dans un contexte où les habitudes de consommation de l’offre par les touristes seront sensiblement modifiées.

 

Nous avons par ailleurs contacté de très nombreux prestataires touristiques pour les informer sur le dispositif d’aide mis en place par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. Dans ces échanges, nous avons perçu la réelle difficulté, la détresse parfois, éprouvée par les hébergeurs, agences de voyage, tours opérateurs, accompagnateurs spécialisés dans les séjours d’itinérance, pour ne citer qu’eux.

2. On parle d’un potentiel regain d’intérêt des Français pour leur territoire national à la sortie du confinement. Qu’en pensez-vous ? Quelles en seraient les raisons ? 

Le long confinement de nos concitoyens, urbains pour la plupart, va générer des aspirations inhabituelles mais fortes. Il y aura une envie, un besoin même de « désincarcérer » les corps mais aussi l’esprit. Si certains ont éprouvé une pesante parenthèse physique, d’autres ont vécu une extrême tension mentale et même des drames psychologiques.

 

Or un climat d’inquiétude va probablement perdurer. Les médias, relayant l’actualité dans le monde, évoquent de possibles nouvelles vagues épidémiques, racontent les difficultés des voyageurs et expatriés pour revenir en France, rappellent sans cesse la nécessité de la distanciation sociale. Alors sortir évidemment, changer d’air, mais pour aller où ? Dans quelles conditions de sécurité sanitaire ?

 

En Auvergne-Rhône-Alpes, 10 millions de séjours touristiques sont déjà réalisés par des Français. Mais si on considère que, dans une année normale, 6 millions de Français partent habituellement en vacances à l’étranger, on peut imaginer qu’une part de ces derniers constitueront de nouveaux visiteurs de nos régions, durant cette année très spéciale et peut-être les années suivantes à la faveur de la découverte d’une nouvelle forme de tourisme et d’une fidélisation.

 

Donc oui, il est fort probable que les Français qui le pourront, ceux qui auront pu conserver un certain pouvoir d’achat et assez de congés, mettent prochainement à profit leur temps libre autrement, dans leur pays et avec un projet de séjour pas très loin de chez eux et aux risques mesurés. En tous cas, les campagnes de communication des territoires et des prestataires touristiques les y encouragent déjà.   #CetEteJeVisiteLaFrance.

 

Il est intéressant de noter aussi que certains le feront certainement avec une dimension supplémentaire qu’il ne faut pas négliger et dont médias traditionnels et réseaux sociaux se font régulièrement l’écho : désir de participer à la relance de l’économie locale et nationale, réflexe contre la mondialisation, envie de consommation plus frugale, de se rapprocher d’une nature trop malmenée…

3. En quoi l’itinérance apporte-t-elle un soutien pour participer au rebond de l’activité ? 

L’itinérance de pleine nature va probablement répondre à une partie des nouvelles aspirations des clientèles : voyager quand même, mais pas loin, pas cher, de manière simple, dans des lieux à moindres risques avec de petites capacités d’accueil, avec de l’air pur, du vent, et des contacts interhumains plus limités qu’à l’ordinaire.

 

En outre, l’itinérance entre pleinement dans l’évolution du positionnement touristique qui commence à se dessiner dans nos régions : miser sur l’intrarégional, la proximité, les circuits courts, la prise avec l’environnement, le tourisme intégré et bienveillant, l’authenticité loin de l’artifice du tourisme de masse standardisé, l’aventure, le voyage et le dépaysement à quelques heures de chez soi. Le slow tourisme, le slow travel sont des tendances qui s’affirment.

 

Il y a en France et dans notre région des coins que vous pourrez traverser lentement lors d’un vrai voyage, avec le sentiment d’un ailleurs lointain. Des déserts qui vous rappelleront d’autres continents. Il n’y a qu’à grimper sur le plateau du Vercors ou les grands causses des Cévennes pour s’en convaincre. Savez-vous que sur le causse Méjean vit le cheval sauvage de Przewalski, une espèce menacée introduite là pour sa sauvegarde, parce que le biotope, le climat, les paysages désertiques sont comparables à ceux des steppes de Mongolie, son milieu d’origine ?

 

Si l’offre d’itinérance en pleine nature est bien formatée et correctement présentée à ce public doté d’une conscience et d’envies sensiblement modifiées, c’est une filière qui peut devenir remarquablement attractive, qui peut générer une nouvelle consommation et pleinement participer au maintien et à la création de nombreux emplois.

4. A plus long terme, pensez-vous que l’itinérance est une réponse crédible aux enjeux de durabilité du secteur touristique ? Si oui, à quelles conditions ? 

C’est certainement une petite partie de la réponse, mais très pertinente. Un voyage à pied, à VTT, à vélo, ou même en canoë est quelque chose qui transforme l’être. C’est un vecteur incomparable pour transmettre une sensibilité, qu’elle touche au souci du respect de l’environnement, à la découverte d’une vie simplifiée durant quelques jours, à l’importance de la relation humaine, à l’intérêt d’un territoire anodin qui se révèle finalement, avec cette forme de pratique, d’une richesse qu’on aimera raconter.

 

Sauf sur quelques grands chemins emblématiques, le voyage en itinérance se tient à l’écart du tourisme de masse, c’est une pratique diffuse, souvent frugale (mais néanmoins source de retombées économiques locales), respectueuse de la nature et des gens. Une sorte d’école pour un tourisme différent que des citoyens de plus en plus nombreux appellent de leurs vœux.

 

La crise sanitaire et économique actuelle va probablement contribuer à augmenter le nombre des pratiquants de l’itinérance en France, favorisant la diffusion des valeurs attachées à cette pratique touristique. Mais ce développement, et la fidélisation une fois la crise passée de ceux qui se seront essayés à cette forme de voyage ne seront convaincants qu’à certaines conditions. Il faudra notamment que la qualité de l’offre atteigne un niveau qui rendra cette proposition de vacances capable de rivaliser avec un tout-compris en station de montagne ou de mer, ou un séjour au Maroc ou en Tunisie.

 

Ça implique de considérer et de traiter avec grand soin, sur l’ensemble de l’itinéraire, chaque maillon de la chaîne de l’itinérance : dès maintenant, évidemment, le volet sanitaire mais aussi la communication, la réservation, les transports, les services, le guidage, l’hébergement, l’accompagnement, la scénarisation, l’approche expérientielle…. Un produit d’itinérance doit être fluide dans sa consommation, depuis l’achat jusqu’à l’avis laissé après séjour pour les autres clients. La question des transferts par exemple, du retour au point de départ est essentielle. L’aventure, oui, mais sans mauvaise surprise au détour du chemin.

 

Partir sur un itinéraire avec juste l’essentiel, avancer dans l’effort, faire le choix de renoncer à un certain confort, accepter la part d’incertitude sur ce que réserve le soir puis le jour suivant, c’est une petite remise en question ; c’est faire siennes des valeurs qui demandent un échange. Séduire et satisfaire un randonneur itinérant, c’est s’assurer qu’il aura le sentiment que l’expérience vécue valait son prix, pas seulement économiquement, mais dans la réalisation de soi qui s’est accomplie dans le voyage. Il faut créer les conditions de cet accomplissement.

Credit Photo : Ch. Guy  / imageBROKER / age fotostock

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