Les impacts du surtourisme sur l’expérience vécue

Barcelone, Amsterdam, Capri, Split, Budapest, Venise, Santorin, Cinque Terre… la coupe est pleine. Force économique pour le pays, le tourisme est devenu un fléau pour les habitants de ces villes. Le trop-plein des locaux peine à se maitriser et l’image de la destination s’en trouve affaiblie dans la perception des visiteurs.

Si la France n’en est pas à ce degré d’étouffement qui enserre les villes citées, l’anti-tourisme commence à agiter certaines régions sur-bondées. Le directeur d’Atout France alertait fin 2018 sur les conséquences néfastes d’un tourisme non maitrisé : « La France n’est pas encore dans le surtourisme, mais, si on ne bouge pas, on y sera dans trois ou quatre ans. Le sujet est très grave. »  Après le développement explosif de l’attractivité du territoire, la maitrise de l’organisation des flux et la limitation du tourisme sont devenues des problématiques prioritaires pour les destinations. Face à l’afflux de touristes dans les zones populaires, la qualité du séjour est soumise à un fort risque de dégradation à trois niveaux : pour le visiteur, pour les locaux, et pour la destination.

L’expérience vécue par le visiteur

Le risque du surtourisme est d’abord pour le visiteur, puisque c’est à lui que s’adresse la politique d’attractivité de la destination. Un vacancier recherche bien sûr les infrastructures adaptées à son confort, les activités lui permettant de s’occuper ou l’accessibilité de sa destination. Là-dessus, les destinations populaires ont su s’adapter en déployant leurs efforts pour que les touristes ne manquent de rien. Seulement, si sur le plan matériel le touriste est comblé, son expérience véritable englobe la relation avec son environnement. Et là-dessus, les zones animées par du tourisme de masse ne sont plus au rendez-vous. Déjà parce, que pour ne citer que lui, le français a horreur de la foule, et que cette perspective de se retrouver plongé dans un amas de touristes est dissuasive. Ensuite parce qu’il recherche une expérience personnalisée, un confort de relation avec son entourage sur place et en particulier les locaux et professionnels du tourisme de la destination. Mais une population locale lassée par une trop forte population de touristes n’est plus à même de fournir la qualité d’accueil attendue.

L’expérience vécue par les locaux

Pour la destination et ses habitants, l’attractivité touristique est une force et un luxe. L’économie de la zone concernée est positivement impactée par l’essor du tourisme, qui crée des emplois sur place et y fait graviter des flux financiers non négligeables. Cependant, cette richesse peut vite se transformer en cauchemar pour les habitants sous le voile impersonnel d’une ville phagocytée par le tourisme. Des voisins de passage dans les locations de vacances qui prennent le pas sur les locations annuelles, des villes peuplées l’été par des étrangers déconcernés par son développement, des bandes de touristes qui maltraitent leur environnement urbain ou naturel, une animation constante menée par une foule mouvante avec laquelle il est difficile de partager… Ajoutons à cela la hausse des prix des villes prisées qui profitent du portefeuille élevé de ses foules de visiteurs, niveau de vie rude à suivre pour ses habitants, ou encore la frustration éprouvée à voir son cadre de vie transformé en un parc d’attraction géant.

Bref, l’expérience du surtourisme asphyxie la zone par l’intérieur. Résultat, les habitants fuient les villes populaires – comme à Split – ou adoptent une attitude désagréable voire agressive envers les touristes – comme à Barcelone. Leur comportement désabusé ou proche de la touristophobie est source de déception chez les visiteurs, et peut devenir responsable d’une baisse considérable de la réputation de la zone.

Une destination déconseillée par ses visiteurs a tôt fait de voir s’écrouler son économie touristique, ce qui serait également une catastrophe pour les habitants.

L’expérience vécue par la destination

La destination, qui fleurit grâce au tourisme, pâtit du surtourisme. L’harmonie du tourisme tient à l’équilibre entre la demande des visiteurs et l’accueil des locaux (habitants, professionnels du tourisme du territoire). L’objectif de la destination est ainsi de réguler le tourisme pour permettre à chacun, visiteurs et accueillants, de vivre une expérience satisfaisante sur son territoire. Mais en cas d’équilibre rompu, l’harmonie entre les deux parties n’existe plus et l’on rentre alors dans un cercle vicieux dont il est extrêmement délicat de s’extraire : le local se lasse de ces masses de touristes qui polluent son cadre de vie, et se ferme à l’accueil. La qualité d’accueil étant indispensable pour un ressenti positif, il rend au visiteur l’expérience vécue sur place insatisfaisante. Le pouvoir du bouche-à-oreille et des réseaux sociaux est tel que rapidement la ville cesse d’attirer et les nombreux emplois créés pour suivre la cadence se retrouvent en manque de clients.

De plus, en dehors de la relation entre visiteurs et habitants, la destination saturée doit faire face à des traumatismes plus complexes à réparer : la dégradation de son territoire. La nature comme le patrimoine ne sont pas préparés à essuyer un flux immodéré de visiteurs. C’est un problème bien connu en Islande, qui subit la forte hausse du tourisme ces dernières années et doit trouver des moyens de protéger sa nature de la destruction passive du tourisme. Et bien sûr, l’afflux de tant de personnes sur un seul lieu lui fait perdre toute authenticité. Beaucoup de destinations déplorent l’image « parc d’attraction » dont se voient affublés leurs territoires sur lesquels la course à l’attractivité touristique a estropié la véritable nature des lieux.

Conscient de l’impact négatif d’un tourisme non contrôlé sur les sites culturels, l’UNESCO a été jusqu’à menacer Dubrovnik de la retirer de la liste du patrimoine de l’humanité si elle ne faisait pas d’effort pour diminuer la quantité de touristes la fréquentant.

Dans tous les cas, le surtourisme est un engrenage vicieux, qu’on ne voit pas bien venir parce qu’il commence par une forte arrivée de touristes, fait positif dont la destination ne peut que se réjouir. Puis, progressivement, il devient invivable. L’enjeu pour une destination est de prévenir ce débordement. Une fois le pas franchi, il est extrêmement difficile de gérer sans séquelles un retour à l’équilibre. D’où l’importance pour les destinations de mettre en œuvre en amont des moyens de désengorger les zones à forte concentration touristique.

Credit Photo : funky-data/iStock

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