Durable ou international ? Relocaliser le tourisme

« Explore déjà la France avant de chercher à explorer le monde ». « Pas besoin d’aller au bout du monde pour trouver des paysages sublimes ». « Tu as tout ce qu’il faut pour faire un super voyage sans traverser de frontières ». Qui n’a jamais entendu ce genre de remarque rabat-joie alors qu’il décrivait avec impatience son prochain voyage à l’étranger ? Bon, sur le coup, vous n’êtes pas forcément très ouvert à ce type de réflexion ; vous allez rivaliser d’arguments tous plus convaincus les-uns que les-autres pour montrer que cela n’a rien à voir ; que vous n’allez pas chercher à l’international ce que vous auriez cherché en France ; et que d’ailleurs vous pouvez voyager quand vous voulez en France, alors autant profiter de vos congés prolongés pour « vraiment » partir. Mais au fond de vous, et sans remettre vos rêves d’étranger en question, vous ne pouvez pas vous empêcher de penser que votre interlocuteur a quand même raison.

Toujours plus loin.

Le tourisme surfe sur la facilité d’accès à l’international, et semble pousser de plus en plus les limites de la mobilité. Pourquoi partir si loin ? Evidemment, partir en voyage à l’international a du sens et il ne s’agit absolument pas ici de dénigrer le tourisme hors frontières. Certes, il contribue à l’ouverture d’esprit par la découverte d’autres cultures, d’autres types d’architecture, d’une histoire fascinante ou de paysages grandioses introuvables en France ; mais aussi parce qu’il fait écho à une soif d’aventure et de plongée dans l’inconnu que l’on ne pense pas trouver dans un pays francophone répondant aux mêmes codes que le nôtre. Et puis sous l’angle inverse, il faut avouer que nous sommes de notre côté bien contents de bénéficier sur notre territoire des retombées économiques apportées par les touristes venant d’horizons étrangers.

Mais pourquoi cette sorte d’automatisation du départ à l’étranger dès lors que l’on a plus de trois jours de congés devant soi, que l’on constate notamment chez les jeunes cadres dynamiques ? La France aussi est une terre propice aux roadtrips, aux globe-trotteurs, à l’itinérance en groupe ou en solitaire, aux challenges sportifs… Et puis cette quête du bout du monde sous prétexte de curiosité et déconnexion peut paraître incohérente de la part de touristes arguant des valeurs environnementales ou déplorant la délocalisation de l’économie. La systématisation du tourisme à l’international semble toucher ses limites.

Le tourisme international est-il soutenable ?

Cette philosophie du tourisme du bout du monde soulève plusieurs défaillances sur lesquelles les collectivités territoriales commencent à s’alerter. Le tourisme hors frontières, que l’on promeut et valorise, est-il compatible avec l’urgence environnementale et le développement économique du territoire local, enjeux également brûlants ? On peut en effet pointer quelques contradictions entre développement économique massif d’un territoire et répercussions négatives de ce développement sur le climat.

  • Transports aériens et impact sur l’environnement

Le point d’alerte le plus important dans la dynamique du tourisme au-delà des frontières, c’est évidemment l’impact carbone. Le développement du tourisme à l’international se fait aux dépens de la couche d’ozone. L’impact du kérosène sur l’atmosphère n’est plus à démontrer pour les trajets long-courriers, mais cette remarque vaut également et peut-être même encore plus pour des courts trajets. L’augmentation du volume de touristes à Londres par exemple, comme à Barcelone ou à Montpellier, a été portée par des ouvertures de lignes low cost EasyJet ou Ryanair et par les prix cassés offerts par ces compagnies aériennes. L’offre financière attractive et l’accessibilité des villes desservies sont en effet des atouts de poids dans la prise de décision des touristes à rejoindre une destination européenne. Mais à quel prix ? Ryanair a intégré début 2019 le palmarès des 10 plus gros pollueurs européens, selon une étude de la Commission Européenne. Celle-ci révèle également que les compagnies aériennes ont augmenté de 26% leur impact carbone uniquement au cours des 6 dernières années. Et ce, non pas parce que les combustibles utilisés ont changé, mais parce que l’explosion de demandes de la part de la clientèle touristique a imposé aux compagnies aériennes une démultiplication des trajets sur leur lignes. Cette situation n’est pas près de s’améliorer si l’on en croit les prévisions de l’Association du Transport Aérien International (IATA), estimant à 50% l’accroissement du trafic mondial d’ici 2037. Peut-être serait-ce opportun de revoir les politiques de subventions publiques destinées à stimuler la demande chez les compagnies low cost et petits aéroports ?

  • Fuite du tourisme local

D’autre part, et sous un tout autre prisme, retenir les locaux est un challenge pour les destinations. Pour attirer une clientèle internationale, elles déploient des efforts conséquents et un important budget marketing dont peu d’indicateurs de performance permettent de mesurer les retombées positives sur leur attractivité touristique. Pourtant, de même que les touristes peuvent voyager dans leur propre pays avant d’aller découvrir de lointains horizons, les destinations n’auraient-elles pas intérêt à concentrer une partie de leurs moyens sur la clientèle locale ? Bien sûr, la plupart des destinations sont déjà actives sur leur territoire pour stimuler le tourisme local. L’accessibilité étant l’un des piliers du tourisme, et alors même que les gares rurales tombent en désuétude, une des options pourrait être par exemple de remettre le train au goût du jour sur un territoire. Certes, les périodes de grèves actuelles font reculer sa cotte auprès des usagers ; mais en dehors de ces désagréments ponctuels il faut considérer que, pratique et bien moins polluant que l’avion, il permet l’accès à de plus petites villes plus reculées que celles desservies par les compagnies aériennes.

L’accès aux zones dans lesquelles favoriser le développement du tourisme est primordial. Mais pour les rendre attractives, encore faut-il y disposer d’une offre adaptée aux attentes des clientèles ciblées, innovante et respectueuse des territoires.

Et pourquoi pas associer une démarche de relocalisation avec le développement d’un tourisme doux ?

Développer le slow tourisme sur le territoire par exemple ? La démarche paraît radicalement opposée à l’attraction de masse opérée par le développement des compagnies low cost, misant sur le volume et sur la concentration dans les villes aéroportuaires. Le slow tourisme, basé sur l’itinérance rurale, privilégie ici non plus la quantité de touristes, mais la qualité du séjour.

Pour la clientèle locale, l’itinérance en randonnée ou à vélo présente une attractivité forte, susceptible d’intéresser tout en développant des territoires encore peu visibles sur le plan touristique. 35% des français ont déclaré pratiquer la randonnée sur les 5 dernières années selon une étude d’Atout France.

Plus globalement, on constate dans la démarche de voyage une vraie quête d’inédit, à laquelle l’international n’est pas le seul à pouvoir répondre. Le tourisme hors du commun, c’est aussi et surtout l’expérience d’un type d’activité rompant avec le quotidien. L’authenticité rentre également en ligne de compte dans les attentes de cette catégorie de touristes qui cherchent à explorer des territoires encore préservés, tant dans la pureté de la nature que dans l’hospitalité de la destination. Cette expérience d’inédit, les voyageurs peuvent la trouver sur place, à côté de chez eux, via cette  forme de voyage insolite qu’est le tourisme itinérant. La France rurale s’offre à eux dans toute la splendeur de sa nature et de ses villages de charme, dans toute l’authenticité des zones jusque-là délaissées par le développement économique, et dans tous types d’expérimentations de découvertes oudtoor et aventures. La FFSC, ancêtre de l’actuelle Fédération Française de Cyclotourisme, est née en 1923. De nombreux itinéraires cyclo-touristiques à vélo se sont développés depuis et prennent de plus en plus d’essor ces dernières années avec l’apparition et le balisage des grands itinéraires traversant la France. Les sentiers de Grande Randonnée (GR) se sont développés en 1936, et sont à présent au nombre de 343 sur l’ensemble du territoire. Autant de perspectives de séjours mêlant aventure, action, tourisme, découverte de territoire et déconnexion, le tout dans des territoires accessibles en France.

Dans cette réflexion sur la force du tourisme expérienciel pour dynamiser le tourisme local, l’itinérance a une place de choix. Remettons les clientèles locales au cœur des efforts pour redorer le blason des territoires isolés, et misons sur l’innovation dans les offres touristiques pour stimuler le tourisme local par les locaux !

Credit Photo : iStock

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